Préambule :
La pédagogie commence par l’écoute, la curiosité, le dialogue. Face au défi climatique, il ne s’agit pas d’imposer des contraintes dès aujourd’hui, mais de construire une compréhension partagée du problème et des solutions.
Ce que nous savons et ne discutons plus :
Le Compte Carbone et ses alliés ², le ShiftProject ³, ACTE 4, et d’autres encore, convergent vers un même objectif : défendre ce Climat qui est notre bien commun par une action structurée de l’État ; Il est temps que l’État assume pleinement son rôle et montre clairement grâce à un Compte Carbone Individuel la part de responsabilité qui revient à chacun.
Mais pour réussir, il faut embarquer tout le monde.
Aujourd’hui les initiatives individuelles de sobriété peinent à mobiliser largement. « Je veux bien faire des efforts, mais à condition que tout le monde en fasse. »
C’est pourquoi il faut une étape intermédiaire, une pédagogie collective d’information, de motivation et d’organisation avant toute mesure contraignante.
Le Compte Carbone Individuel est un outil pertinent, mais s’il est accompagné d’une contrainte autoritaire immédiate, il se heurtera à l’incompréhension et au rejet.
La population n’est pas encore pleinement consciente des données exactes du problème. Nous les rappelons ici pour mémoire :
- Le CO₂ est la principale nuisance, Il est issu de l’utilisation des énergies fossiles.
- Il s’accumule dans l’atmosphère et ne s’élimine qu’à l’échelle de plusieurs siècles.
- En France, les deux tiers de l’énergie consommée sont fossiles. Ce gros volume d’énergie polluante ne permet qu’un remplacement très lent au rythme de la construction de centrales d’énergie non carbonée. Nous continuerons malheureusement encore de nombreuses années à polluer.
- C’est donc le devoir de tout citoyen de réduire maintenant ses émissions de CO2. L’objectif à terme est proche de zéro.
Proposition : un premier pas, simple, pédagogique et mobilisateur.
Que signifie « un devoir de réduire » si personne ne sait vraiment comment compter ? En réalité l’État pourrait facilement, calculer et publier pour chacun son Compte Carbone Individuel des émissions de CO2 qui lui sont imputées. Et même partiellement incomplet, ce compte pourrait être la base d’une taxe symbolique liée à l’évolution de son montant d’une année sur l’autre. Ce geste, modeste mais fort, permettrait :de sensibiliser massivement la population.
Au sein de l’État l’apparente complexité d’une telle démarche de comptabilité carbone disparaît si on remarque la caractéristique suivante de la nature. L’utilisation de matières fossiles (pétrole, gaz, etc.) pour générer de l’énergie repose toujours sur la réaction de combustion du carbone qui produit en même temps que la molécule de CO2, une quantité d’énergie, toujours la même. Ce qui permet d’établir une correspondance entre pollution et génération d’énergie qui est bien pratique : un kWh d’énergie utilisée c’est 0.4 kg de CO2 généré. Quand on sait que l’énergie a une certaine valeur, on voit que des compteurs et des factures sont toujours là pour valoriser les transactions successives. Dans le cas d’objets ou de services produits dans une chaine de transformations toutes les énergies utilisées peuvent s’imputer au compte du consommateur final. Ces caractéristiques permettront à l’État d’établir facilement la base des Compte Carbone Individuels appuyée sur des valeurs incontestables et exemptes de coefficients « à dire d’experts ».
Les autres gaz à effet de serre ne seront bien sûr pas comptés dans ce processus, mais ils ne provoquent pas plus que 30 % des nuisances climatiques. Ils pourront être intégrés au calcul quand la mesure des flux concernés sera possible.
Ce premier pas de comptage carbone permettra :
- De créer les outils de mesure et de définition des responsabilités.
- De rappeler le contexte du dérèglement climatique et l’importance des démarches de sobriété.
- De légitimer l’action de l’État.
- De décider démocratiquement et d’adapter régulièrement les objectifs de baisse des émissions de CO2.
- De créer les conditions d’un mouvement collectif, volontaire et éclairé.
Ne commençons pas par imposer, commençons par nous donner les moyens de pouvoir expliquer, mesurer, mobiliser, montrer l’objectif, construire l’adhésion.
C’est ainsi que nous pourrons, ensemble, relever le défi climatique.
Dominique de Rotalier
3 = https://theshiftproject.com
4 = https://association-acte.org
5 = https://editionsdudauphin.com Sortir du réchauffement climatique, page 34.